Vous reprendrez bien un chocolat !

Les deux chercheurs Michael Marchant et Hennie van Vuuren montrent dans leur article que ces amendes sont insignifiantes par rapport aux profits de la pratique de la corruption. Un avocat américain s’en est même étonné : « L’ampleur de ce système de corruption est stupéfiante. Glencore a versé des pots-de-vin pour obtenir des contrats pétroliers ; Glencore a payé des amendes pour éviter les inspections gouvernementales ; Glencore a graissé la jambe des juges pour faire disparaître les poursuites… Glencore a versé des pots-de-vin pour faire des affaires – des centaines de millions de dollars.” https://www.opensecrets.org.za/the-toxic-chocolatier-the-case-for-prosecuting-glencore-executives/

Et c’est là que réside le problème : la corruption pour le profit. Comme le dit l’agence Blomberg, « le retour sur investissement a été incroyable ». Par exemple, en Côte d’Ivoire, Glencore a fait 30 millions de dollars de profit après avoir versé 4 millions de dollars de pots-de-vin ! Et si l’amende de 1,5 milliard de dollars peut sembler énorme, les journalistes spécialisés dans le monde des affaires estiment que ce chiffre équivaut à cinq semaines de transactions pour Glencore ! Le jeu en vaut la chandelle.

Et si vous lisez ce que la société Glengore écrit sur son site internet, vous pourrez comprendre les ficelles du groupe en matière de développement durable et de protection de l’environnement. On pourrait penser que Glencore serait un spécialiste de la tarte aux pommes bio tout en capitalisant sur les violations des droits de l’homme, l’extraction du charbon et la crise climatique. Elle n’hésite pas à reprendre cette belle formule des Nations unies “La communauté des affaires doit agir contre la corruption sous toutes ses formes, y compris l’extorsion et le versement de pots-de-vin”.

Les activités de Glencore sur le marché américain fortement réglementé masquent ses activités dans le monde, où nous savons maintenant que plus de 100 millions de dollars ont été payés pour soudoyer des fonctionnaires au Brésil, au Nigeria, en République démocratique du Congo et au Venezuela. “La corruption fait partie de la culture d’entreprise”, a déclaré un avocat lors d’une conférence de presse. Et qui est l’initiateur de cette culture d’entreprise ? Pas les cadres intermédiaires, pas le bas, mais le haut de la hiérarchie car les victoires rapportent aux dirigeants de Glencore.

Payer des pots-de-vin se fait avec courtoisie et bonnes manières, il suffit d’utiliser le mot de code “chocolat” dans la conversation. PDG de Glencore de 2002 à 2021, Ivan Glasenberg, né et éduqué en Afrique du Sud, aujourd’hui citoyen australien vivant en Suisse, avait développé la gamme chocolat. Il a démissionné en 2021 mais sa fortune est estimée à 135 milliards de rands et il détient toujours 9 % des actions de Glencore.

Glasenberg a appris d’un maître de la corruption, Marc Rich, qui n’était pas pour rien surnommé le “Roi du Pétrole” car il reconnaissait lui-même que vendre du pétrole au pétrolier sous embargo du régime de l’apartheid était “une affaire particulièrement lucrative”. avec un bénéfice d’environ 2 milliards de dollars.

Marc Rich avait un don particulier pour les affaires. Il a réussi à vendre du pétrole russe au régime d’apartheid de la guerre froide et du pétrole iranien à Israël. Comme l’explique un de ses biographes, citant une source anonyme, “Nous avons vendu du pétrole iranien et russe à l’Afrique du Sud en échange de la vente d’uranium namibien à l’Union soviétique”. La Namibie était alors sous le contrôle de l’Afrique du Sud. Bien sûr, il était contre l’apartheid comme tout le monde, il ne faisait affaire qu’avec l’Afrique du Sud. http://renapas.rezo.net/spip.php?article562

Glesenberg a travaillé pour Marc Rich & C° peu de temps après que ce dernier ait fait face à des accusations de fraude et d’évasion fiscale aux États-Unis en 1983. Cette période a coïncidé avec le durcissement de l’embargo sur les exportations de charbon sud-africain en raison des violations des droits de l’homme. Cela n’a pas empêché Rich, Glasenberg et les autres de faire de Glencore un géant transnational. Marc Rich n’a jamais été poursuivi et est mort milliardaire en Suisse en 2013, acquitté de ses crimes par Bill Clinton en 2011.

Les vrais coupables n’ont de comptes à rendre à personne, soulignent les deux auteurs de l’article, les PDG des banques et autres institutions financières responsables de la crise financière de 2008 et du coût de la catastrophe humanitaire qui a suivi. Les autorités américaines ont empoché des milliards en infligeant des amendes mais n’ont pas poursuivi les vrais coupables.

Le scandale Glencore sera-t-il la dernière goutte ? Les États-Unis n’excluent pas de poursuivre les responsables de Glencore en plus d’infliger des amendes, et des enquêtes sont en cours en Suisse et aux Pays-Bas. Le seul espoir d’inverser la tendance et de mettre fin à l’impunité pour les délits financiers.

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