Saint-Etienne, les cinq actes d’une saison dans l’enfer vert

C’est la fin d’un long calvaire pour un club qui n’en demandait pas tant. Après avoir perdu aux tirs au but (5-4) lors des barrages de Ligue 1 face à Auxerre dimanche 29 mai à Geoffroy-Guichard, Saint-Étienne s’est finalement assuré la relégation en championnat inférieur, 18 ans après qu’il l’avait quitté.

Loin d’être une surprise pour le club stéphanois, qui a souffert entre un mercato raté, un entraîneur limogé et des résultats limités toute la saison. Retour sur neuf mois qui ont provoqué la chute du club le plus titré du championnat de France, désormais à égalité avec le PSG et sacré champion pour la dixième fois de son histoire.

Un début de saison catastrophique

Il aura fallu attendre le 7 novembre pour voir les followers du Forez dessiner leurs premiers sourires cette saison 2021-2022. Un rayon de lumière sur des visages qui ont presque oublié le sentiment que peut apporter la victoire. Car avant ce 13e tour face à Clermont, Saint-Etienne vient de réaliser le pire départ de son histoire. Six nuls, autant de défaites et une place dans le bas du classement qui ne rend guère justice à son rang.

La banderole des supporters stéphanois hissée lors de la rencontre entre Angers et Saint-Etienne à Geoffroy-Guichard le 22 octobre 2021.  (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Face à un grimpeur, cependant, les Stéphanois croiront encore longtemps à une nouvelle déception. Avant que le 4e arbitre n’arrive pour annoncer le temps additionnel de la seconde mi-temps, Clermont mène par 2 buts à 1. En trois minutes, Krasso, puis Sow renversent la tendance et Claude Puel s’offre sa première victoire de la saison. Troyes, à son tour, tombe à Saint-Etienne la semaine suivante. Le club est à nouveau opérationnel. Trois mois de retard.

Puel, le premier fusible

Un amincissement de courte durée. Paris et Brest ont allumé la mèche (défaites 1-3 et 1-0) mais c’est Rennes qui a fait sauter la serre le 5 décembre. Saint-Etienne est dispersé à domicile comme un puzzle avec cinq buts à 0. La jeunesse du Forez, incarnée par Aouchiche, Nadé, Nordin et Krasso, n’est pas à la hauteur. Le mercato non plus. Ignacio Ramirez, attendu comme un attaquant prometteur, est un fantôme.

La solution ne vient pas non plus des joueurs les plus expérimentés du vestiaire (Khazri, Boudebouz) après plusieurs saisons tendues avec Claude Puel. La cuisante défaite marque aussi le divorce définitif avec les supporters qui réclament le départ de l’entraîneur. Le technicien, de passage à Monaco et Nice, a atterri le 14 décembre. Le même jour, Pascal Dupraz l’a remplacé sur le banc.

Dupraz, de zéro à héros

Si son passage à Evian Thonon-Gaillard peut être qualifié de succès et son nom sera toujours lié à Toulouse pour avoir aidé à sauver le club en 2017, le tout devant les caméras de Canal + qui a capté quelques conversations inoubliables pendant des heures de la dernière jour où Pascal Dupraz reste sur un coup de couteau à Caen. L’homme n’est pas avare de projections dans la presse, mais a l’image d’un pompier qui peut vite se transformer en pyromane. Sa première apparition ne déroge pas à la règle. “On va tenir bon et je n’utilise pas le conditionnel”il prétend.

Sur le terrain, Paul Bernardoni a remplacé Etienne Green tandis que Joris Gnagnon, qui était hors de forme, ne jouera pas de match officiel cette saison. Sada Thioub ou Enzo Crivelli font également partie du forfait hiver, le tout sans débourser un centime. Le début est compliqué. Trois matchs, trois défaites et le sentiment que le club forézien est passé à côté du casting. Mais le discours s’arrête à la fin. Un temps. Lors des sept matches suivants, Saint-Etienne s’impose quatre fois et sort de la zone rouge.

Bernard Caïazzo et Roland Romeyer soufflent. Les deux présidents avaient déjà annoncé un an plus tôt vouloir vendre le club. D’autant que les acheteurs en coulisses se font rares, certainement inquiets de la situation du Forez.

silence, ça coule

Peut-être que la confiance est là aussi. Pascal Dupraz se présente déjà avec le maillot Manufrance sur les épaules, porté par les Chaudron. A la veille du Jour 29 face à Troyes, il lâche : «Si on s’y tient, j’aurai un combat avec les Ultras au Kop“.

“J’ai plus que de l’espoir, j’ai des certitudes, ce sont les miennes. L’AS Saint-Etienne va s’affirmer.”

Pascal Dupraz

en conférence de presse après le tirage à Bordeaux

Neuf jours plus tard, la lumière a enfin disparu des visages des supporters stéphanois. Une victoire face à Brest lors de la 32e journée est le seul dégagement dans le forez de fin de saison.

Pas assez avec quatre défaites et un nul lors des cinq dernières journées. Pas assez lorsque les supporters locaux sont absents du dernier match à domicile de la saison en raison d’une séance à huis clos pour les feux d’artifice déclenchés lors du match précédent pour célébrer l’anniversaire des Ultras. Une défaite sans spectateurs, dans le silence d’une saison qui n’aura été qu’une succession de mauvaises décisions.

Barrage Apocalypse

Lorsque les Verts sont parvenus à assurer leur place en barrages en fin de rencontre à Nantes (1-1) grâce à un but d’Hamouma lors de la 38e et dernière journée de Ligue 1, le répit a été de courte durée. Car en barrage, les Stéphanois n’ont pas réussi à gagner le match retour devant un public après un match nul à Auxerre (1-1) à l’aller. Nul à nouveau (1:1) après le temps réglementaire et les prolongations. La séance de tirs au but a finalement tourné en faveur des Bourguignons (5-4). Ainsi, la relégation de l’institution stéphanoise en Ligue 2 a été entérinée dix-huit ans après que l’élite eut été retrouvée.

Des joueurs stéphanois désorientés devant leurs supporters à Geoffroy-Guichard lors du match retour face à Auxerre le 29 mai 2022. (JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)

ACE est la première équipe à être reléguée à l’issue de ce match à deux. Les images d’une partie du public se précipitant sur le terrain pour lancer des pétards et des fumigènes vers le tunnel menant aux vestiaires resteront comme l’épilogue d’une saison cauchemardesque.

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