“On a plus d’images, donc l’impression qu’il y a plus de violence dans les stades” – Violences dans les stades de foot



Comment voyez-vous cette saison en Ligue 1 en termes de violences dans les stades ?

Le bilan est forcément négatif car il n’y a pas eu d’épisode avec des incidents très différents depuis de nombreuses années et, surtout, il s’est déroulé tout au long de la saison. Nous avons vu le comportement des téléspectateurs sans rapport avec le comportement ultra. Nous avons une variété de grands événements. Enfin, le plus important est de parler des problèmes d’organisation et de contrôle des foules sportives. Lors de Nice – OM et Lens – Lille on voit du matériel installé par des amateurs. Le point culminant de la saison est la finale de la Ligue des champions, lorsque les autorités ont mis en place un dispositif qui aurait pu mettre la vie de centaines de supporters anglais en danger. Près de 3 000 de ceux qui avaient des billets n’ont pas pu retourner au stade et les supporters anglais ont été gazés par la police pour rien.

On sent aussi que la violence s’est intensifiée, notamment pendant Saint-Étienne – Auxerre…

Cette violence en France était autrefois plus importante. Ai-je besoin de vous rappeler PSG – Hapoel Tel Aviv où un supporter parisien a été abattu par un policier en 2006 et PSG – OM où un supporter parisien a été tué parce qu’il a été lynché par d’autres supporters du PSG en 2010 ? Aujourd’hui on a plus de photos, donc on a l’impression qu’il y a plus de violence. Les images de fumigènes tirés contre le président de Saint-Étienne sont impressionnantes. Mais pendant Angleterre – Russie 2016, j’ai vu des accusations au stade qui auraient pu provoquer un mouvement de foule tragique à la fin du match et qui n’ont pas été rapportées par les médias.

La tension perceptible dans la société explique-t-elle aussi cette saison noire ?

La violence s’explique en partie par une société marginalisée. Le stade est un lieu où les normes sont levées pour certaines personnes, que ce soit dans la tribune présidentielle ou dans les tribunes populaires. Pendant Metz – PSG, j’ai entendu des insultes racistes de la part de supporters ordinaires, le début d’une bagarre parce que quelqu’un a gêné quelqu’un d’autre qui regardait le match. Le stade est un exutoire pour certains.

Pendant le Covid, les jeux à huis clos ont perdu de l’expertise. Lors du premier but de Nice, les supporters niçois se sont alignés sur le terrain pour embrasser l’attaquant. Expérience, formation, prend du temps

Ne voit-on cette séquence qu’en France ?

Ces incidents doivent être analysés dans le contexte européen. Des incidents violents se sont produits dans des stades en Suisse, en Suède et en Angleterre. En Angleterre, nous n’avions pas l’habitude d’en voir autant. Aux Pays-Bas, la fédération a même fait un reportage sur le sujet car elle s’est inquiétée dès le troisième mois du championnat. En Belgique, nous avons également eu un certain nombre d’incidents graves avec des interruptions de jeu. C’est donc un phénomène que l’on retrouve dans toute l’Europe.

comment l’expliques-tu

Indéniablement, il y a un effet post-Covid. Mais aussi lors de Nice – OM et Lens – Lille il y a un manque de préparation. Pendant le Covid, les jeux à huis clos ont perdu de l’expertise. Lors du premier but de Nice, les supporters niçois se sont alignés sur le terrain pour embrasser l’attaquant. Cela peut être expliqué du point de vue de Covid. L’expérience, le cambriolage, dure un certain temps. Mais si on prend les deux derniers incidents, à Geoffroy-Guichard et au Stade de France, on voit aussi un problème dans la mise en place du dispositif de sécurité. Comment se fait-il que les supporters d’Auxerre – Saint-Étienne soient sur le terrain quelques secondes après le dernier tir au but ? Dans les matchs éliminatoires étrangers, les dispositifs de sécurité sont beaucoup plus importants pour empêcher l’intrusion sur le terrain. A Dresde – Kaiserslautern, match éliminatoire de la 2e Bundesliga, on a lancé des fumigènes, mais pas de spectateurs sur le terrain.

Quelles sont les raisons de ces lacunes organisationnelles ?

En France, nous avons un problème de compétence. Quel est le rôle de la DNLH (Division Nationale de Lutte contre le Hooliganisme) cette saison ? Pourquoi les préfets décident-ils de tout ? De plus, l’État a décidé de transférer les tâches de sécurité à des entreprises privées. Le problème est que ces personnes ne sont pas suffisamment formées. La fonction d’arbitre supporter qui assure la liaison entre les ultras et le club est très importante, mais dans certains clubs ils travaillent sur la base du volontariat. Si on veut des résultats, il faut des moyens, il faut repenser le modèle économique et former les délégués syndicaux. De plus, les autorités utilisent toujours des sanctions collectives (matchs à huis clos, fermeture des tribunes, etc.), alors qu’au Royaume-Uni cela n’a jamais fait partie de l’arsenal anti-violence car inefficace.

Ces problèmes d’organisation se produisent-ils partout ?

non La société de sécurité PSG Stewards est très compétente. A Strasbourg, le supporter des speakers connaît très bien son métier. Lors de Strasbourg – Clermont, les supporters ont organisé une marche de quatre kilomètres pour rejoindre le stade. Ça s’est très bien passé. La police était présente mais en nombre limité, présente mais pas trop visible, en tenue décontractée. Cela a envoyé un signal aux Ultras en disant : “Nous sommes là, mais nous sommes en retrait et si quelque chose arrive, nous interviendrons.”

En France nous avons des outils de qualité mais nous n’investissons pas toujours les moyens. La National Support Authority, une très bonne idée, est une coquille vide

N’est-ce pas aussi un problème dans la perception que le secteur public a des supporters ?

Lors de Leicester – Rennes, la police n’a pas interdit le déplacement des supporters rennais mais les a escortés et avertis. Vu les stéréotypes du ministre Darmanin sur les supporters anglais, il est choquant de voir qu’il ignore tout du sujet. En France nous avons des outils de qualité mais nous n’investissons pas toujours les moyens. La National Support Authority, une très bonne idée, est une coquille vide.

Les sanctions imposées en France, notamment la déduction de points, sont-elles une bonne chose ?

À mon avis, la déduction de points doit être l’une des dernières sanctions. Il faut savoir puiser dans les caisses des clubs et surtout penser à des sanctions financières qui se jettent dans un pot commun pouvant alimenter un fonds pour la sécurité des stades et former des spécialistes. Il faut une grille très claire des amendes et arrêter d’en donner pour les fumigènes, en distinguant le côté festif du côté violent, en ayant une interprétation subtile des événements. Arrêtons de fermer les étals, ça ne sert à rien. A OM – Feyenoord la courbe nord était fermée, les supporters se tenaient dans les tribunes latérales. Les incidents graves causés par les hooligans de Feyenoord n’ont pu être évités en conséquence.

Les forces de l’ordre doivent être sur le terrain et préparées à ces situations tendues afin d’être prêtes en cas d’incident. En Angleterre, il n’y a jamais d’interdiction de voyager, en Allemagne presque aucune

Les interdictions de déplacement pour les supporters se sont aussi multipliées…

Cela crée de l’insatisfaction. Nous avons eu 135 arrêtés préfectoraux cette saison, parfois pour des raisons grotesques. La raison invoquée lors de Lens – Nantes était la mobilisation des forces de l’ordre pour une brocante, une foire aux mangas et un rendez-vous international du cerf-volant dans la région. C’est un problème car la police doit être sur les lieux et avoir ces situations tendues pour se préparer en cas d’incident. En Angleterre, il n’y a jamais d’interdiction de voyager, en Allemagne presque aucune. Il s’agit d’une politique beaucoup plus intelligente car elle permet une évaluation continue de l’appareil. La violence sera toujours présente, mais l’idée est de savoir comment éviter les affrontements. Il faut avoir une approche en amont qui aide à apaiser les tensions. Lors du derby de Vienne, la police locale avait décidé d’encadrer le cortège de 2.000 fans du Rapide avec un dispositif lumineux, les policiers n’avaient pas mis leur casque. Et une camionnette a envoyé un message disant ce qui était autorisé et ce qui ne l’était pas. En Suède, il y a trois supporters de référence par club. A Copenhague les stewards sont bien payés, formés chaque année aux premiers secours, à l’évacuation des foules en cas d’incidents. Tout cela manque en France. C’est un chantier, mais il demande des investissements et surtout des moyens humains.

Doit-on supposer que la saison prochaine sera de la même ampleur que celle qui se termine ?

Je ne pense pas. On a deux gros clubs qui n’existent plus, Saint-Étienne et Bordeaux, et d’un point de vue ordre public ça devient un peu plus facile. Deuxièmement, cette saison laissera sa marque. Les supporters ont des souvenirs et ont pris conscience de ce qui se passe. Les appareils du club sont mis à jour. Et il y a eu un effet Covid, j’ose espérer que cette sortie de crise sanitaire facilitera les choses, même si cela prendra du temps.

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