Ligue des champions. Un avant-goût du “Made in France”

Le Stade de France n’avait pas accueilli de finale de Ligue des champions depuis 2006. L’affiche Liverpool-Real Madrid du samedi 28 mai montre le programme et la passion en temps voulu. L’événement est tout de même notable sinon une référence tricolore (1). Pas un club de Ligue 1, mais le football français ne sera pas absent de Saint-Denis. Le choix de Clément Turpin pour arbitrer la rencontre n’est pas anodin (2), mais c’est l’obstination des joueurs formant les clubs français lors de cette rencontre qui dit le contraire ce printemps. Encore une fois.

Cinq sont annoncés dans l’effectif. A Madrid Karim Benzema (Lyon), Ferland Mendy (Lyon) et Eduardo Camavinga (Rennes). Ibrahima Konaté (Sochaux) et le Belge Divock Origi (Lille) appartiennent à Liverpool. Sadio Mané, l’attaquant sénégalais du côté offensif anglais, pourrait même prétendre rejoindre le groupe, lui qui a obtenu son diplôme pour commencer à jouer en professionnel à Metz il y a dix ans.

Bien “éduqué”, vite adapté

Avec des clubs français peu présents lors d’une finale européenne, désormais au nombre de trois, la jeunesse française sait se faire sentir hors des frontières. La carrière de Benzema, 35 ans et treize saisons à Madrid, rappelle qu’il a quitté son club formateur l’Olympique Lyonnais jeune lorsque Michel Platini, Zinedine Zidane ou Jean-Pierre Papin sont partis à l’étranger après que leur talent eut été reconnu en France. D’autres fois…

La qualité du travail des éducateurs des centres de formation, qui accueillent aussi des stagiaires étrangers comme les frères Hazard à Lille, est une bonne explication. L’exportation de jeunes talents, encouragée par la rentabilité des transferts ou poussée par un manque de reconnaissance en France, est une autre piste. Le succès de l’équipe de Didier Deschamps a élargi la gamme. Lors de la Coupe du monde 2018, ce groupe est devenu le plus jeune vainqueur du trophée depuis le grand Brésil de 1970, avec les deux tiers de l’effectif engagé hors de France. Et lors de cette Coupe du monde, le football bleu, blanc et rouge a établi un autre record : sur les 736 joueurs qui ont pris part au tournoi, 52 sont nés et ont été éduqués en France. Le nombre est en constante augmentation depuis 2002. Une étude a révélé que la France était le pays avec le plus de joueurs de la Coupe du monde au cours des deux décennies (216). Quand les grands clubs européens font leur marché, ils investissent dans des joueurs confirmés lorsqu’il s’agit de recruter des joueurs espagnols, néerlandais, allemands ou sud-américains et préfèrent aller chercher des talents précoces sur le marché français.

citation d'icôneLorsqu’il s’agit de recruter de jeunes talents, l’élite européenne préfère le marché tricolore.

Après l’effet des chiffres, les faits sur le terrain. Les carrières d’Eduardo Camavinga et d’Ibrahima Konaté qui pourraient s’affronter au Stade de France. Le premier a suivi tout le parcours de formation à Rennes jusqu’à son arrivée explosive en Ligue 1 à 16 ans puis côté français. Le suivant ? Après une courte stagnation sportive dans son club breton, le Real Madrid l’a racheté en août 2021 pour 31 millions d’euros sans bonus. L’histoire était écrite d’avance. “C’est le plus grand club du monde, hein ! Ce n’est pas rien”, s’est enthousiasmé Camavinga, 20 ans, dans un entretien accordé à France Football début mai. “Sur le terrain, dans le développement, tout va plus vite partout… Mais c’est en fait comme dans tous les métiers : si on est dans un super environnement et qu’on s’y sent chez soi, on évolue vite. »

Freinez le « pillage ».

Ibrahima Konaté, promu à la défense de Liverpool, en début d’année, 23 ans, a également eu une formation française, du centre de préformation du Paris FC à Sochaux, où il a débuté au niveau professionnel et en 2e division, il y a cinq saisons. Avant de franchir le grand pas d’une finale de Ligue des champions et peut-être d’arriver en équipe de France avec qui il “rêve de la prochaine Coupe du monde”, le grand Parisien a bouclé son CV au RB Leipzig pendant quatre saisons de 2017 à 2021. Le club allemand, comme d’autres équipes de la Bundesliga, offre aux jeunes français l’opportunité de faire un pas en avant. Avant de vous assurer des reventes et transferts rentables.

En mars, la Ligue de football professionnel (LFP) a confirmé la prolongation du premier contrat professionnel de trois à cinq ans. Les clubs l’ont réclamé pour freiner les « pillages » ou encourager la vente d’un premier transfert. Un bon point. Puis, début mai, “l’équipe” a annoncé que la même LFP envisagerait de plafonner l’effectif professionnel à 25 joueurs. Une envie qui, comme effet secondaire, pourrait restreindre l’accès des plus jeunes aux contrats professionnels. “C’est une aubaine pour les clubs étrangers, qui vont encore plus se servir en France”, a plaisanté un agent de joueurs. La jeunesse du football français est loin d’avoir fini de voyager.

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