“Le paysage change avec l’avènement des fonds communs de placement”

Le milliardaire Todd Boehly (Clearlake Capital), à Londres, lors d'un match entre Chelsea et Wolverhampton, le 7 mai 2022.

Le Real Madrid compte trois victoires cette année : la Liga espagnole, la Ligue des champions et le titre de Club de football européen le plus utile en 2021, décerné par forbes, et d’après une étude de Deloitte : 5,1 milliards de dollars (4,8 milliards d’euros), selon le classement annuel du magazine américain publié lundi 30 mai, qui avait été suspendu en 2020 en raison de la crise sanitaire.

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Le club merengue est à égalité avec le FC Barcelone (5 milliards de dollars), suivi de Manchester United (4,6 milliards de dollars), de Liverpool (4,4 milliards de dollars) et du Bayern Munich (4,3 milliards de dollars). Le Paris-Saint-Germain est septième (3,2 milliards), derrière Manchester City (4,2 milliards). Ces montants ne signifient pas grand-chose en eux-mêmes, si ce n’est que la hausse des valorisations reflète une financiarisation croissante. Et un gouffre grandissant entre les clubs les plus riches et les plus modestes, même au sein de l’élite.

Emmanuel Macron favorable à leur développement

Les clubs ne sont pas des entreprises à part entière et ne font que peu de profit s’ils ne perdent pas d’argent, rappelle l’économiste Luc Arrondel (CNRS-Ecole d’économie de Paris), auteur de argent du football (Cepremap, 2018). Les revenus vont d’abord aux joueurs : les salaires représentent 61 % du chiffre d’affaires des 20 meilleurs clubs du Royaume-Uni, 54 % en Allemagne, 62 % en Espagne et 73 % en France ; avec de fortes inégalités puisque 10% d’entre eux accaparent plus de la moitié. Selon M. Arrondel, le lien entre l’importance d’une masse salariale gonflée de stars et le succès sur le terrain est évident.

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Jusqu’à présent, certains milliardaires ne voulaient pas gagner d’argent, mais sacrifier leur passion pour le football et/ou une région, comme les Pinault avec le Stade rennais ou les Agnelli avec la Juventus Turin. Avec des investissements en Europe, les monarchies pétrolières du Golfe usent d’un « soft power » destiné à renforcer leur image. Le paysage change avec l’avènement des fonds communs de placement. Notamment en France, où Emmanuel Macron prône leur développement.

Déjà présent dans le football américain, le baseball et le basketball, le capital-investissement veut utiliser tous les leviers financiers pour y prospérer. Le milliardaire Todd Boehly (Clearlake Capital) a racheté Chelsea à l’oligarque russe Roman Abramovich pour 5 milliards d’euros. Elliott Management vient de vendre l’AC Milan à Redbird Capital, déjà propriétaire du “petit” FC Toulouse, pour 1,2 milliard, qu’il vient de déménager. CVC a investi 1,5 milliard en Ligue 1. Le mot “foot business” commence à avoir un sens plus d’un siècle après son invention par le patron de la ligue anglaise.

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