“Le paillasson Ligue 1” : Bordeaux, la chute d’un monument


Le ciel leur est tombé sur la tête, même si cela devait arriver pendant un certain temps. En prenant du retard au classement saison après saison, les Girondins se sont finalement retrouvés en Ligue 2. Enfin presque, car lors de la dernière journée, il faudrait un miracle pour voir Josuha Guilavogui et les siens se sauver. La saison écoulée avait déjà été annonciatrice de nombreux griefs, mais le défi attendu n’est jamais vraiment venu. Après de nombreux troubles internes et un exercice désastreux marqué par l’encaissement de 89 buts en 37 journées, la plus mauvaise défense européenne est à sa juste place. Pourtant, c’est un crève-cœur pour de nombreux supporters du club bordelais, entre supporters et anciens joueurs. Qu’elle était loin l’époque où les Girondins couraient en Ligue 1 avec Gourcuff, Chamakh & cie…

Recrutement raté, management absent

L’arrivée de Gérard Lopez en juillet dernier n’y a rien changé, les mauvaises décisions se sont succédées et l’ambiance au Haillan s’est détériorée. Frédéric Roux, ancien gardien des Girondins de 2000 à 2006, ne cache pas sa déception lorsqu’il évoque la relégation de son club préféré Indiquer. “Le sentiment aujourd’hui est surtout de la tristesse, voire de la douleur. Nous tous, les joueurs, les dirigeants et même les anciens, sommes responsables d’accepter une telle situation. Du début à la fin, nous avons assisté à une catastrophe générale. « Il faut dire que la reprise des Girondins par l’homme d’affaires luxembourgeois, suite à la menace de faillite, était très ambitieuse : une première place au classement cette saison avant les éliminatoires européennes.

Idem pour Ludovic Obraniak, qui a porté les couleurs girondines de 2012 à 2014. “Je suis plus qu’agacé, je souffre beaucoup. Il y a l’athlète, mais il y a aussi les gens qui travaillent au château. Ils ont le club dans la peau, ils n’ont pas été gâtés ces dernières années. Hormis Jaroslav (Plasil) et les jeunes, il n’y a plus de digne représentant du scapulaire dans cette équipe. Lacoux et Mara, même s’ils ne sont pas toujours au top, s’échappent au moins. Je ne comprends pas pourquoi on ne leur faisait pas plus confiance qu’à ces mercenaires. Le directeur sportif Admar Lopes s’est trompé sur la plupart des renforts l’été dernier.

“Les Girondins sont devenus le paillasson de la Ligue 1”

Le fiasco est vite passé. Le choix de Vladimir Petkovic pour diriger ce nouveau projet a rapidement tourné au vinaigre. Après avoir dirigé l’équipe suisse de 2014 à 2021, l’entraîneur des Balkans n’a jamais réussi à s’en sortir. Comme Marcelo Bielsa en 2017, Gérard Lopez s’est appuyé sur un grand nom pour reprendre le Losc. Mais après avoir quitté les Bleus lors des derniers Euros, Petkovic a montré ses limites et son discours n’a jamais emporté Haillan. Et David Guion, qui a été appelé en service comme pompier en février, n’a jamais réussi à redresser le gouvernail d’un navire en perdition. « Ces coachs ne pouvaient pas se regrouper autour d’un projet, analyse Frédéric Roux. Mais la faute incombe aussi aux joueurs. Ils n’ont jamais su se révolter. Je n’ai jamais ressenti le moindre désir de leur part de sauver le club. Tu peux être mauvais sur le terrain, mais vu ton état d’esprit… c’est inadmissible ! »

Cette tâche générale s’illustre par les cuisantes défaites suivantes : 5-2 à Strasbourg, 6-0 à Rennes, 5-0 à Reims, 3-0 à Paris, 6-1 à Lyon ou 4-1 à Angers. La Marine et les Blancs n’ont jamais su faire preuve de constance, de solidarité et tout simplement du niveau de la Ligue 1. “Ils ont même réussi à sortir un gars comme Hwang Ui-Jo”, regrette Ludovic Obraniak. Il avait tellement d’énergie. Cela m’attriste d’entendre les histoires suivantes : Les Girondins sont devenus le paillasson de la Ligue 1. Je déchante car Bordeaux c’est tout sauf ça, aujourd’hui ce club est synonyme de défaite, d’échec et même de manque d’humilité. »

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L’incertitude plane désormais sur le Château du Haillan : Quelle reconversion pour les Girondins dans l’antichambre de la L1 ? Gérard Lopez a annoncé son intention de rester même en cas de relégation, mais il est difficile d’y voir un quelconque optimisme après ses débuts en tant que patron des Girondins. Ludovic Obraniak est sceptique quant à la tournure du projet bordelais : “Je veux croire en Gérard Lopez et ses discours, mais il y a des signes annonciateurs, à droite comme à gauche. Cela fait peur à tout le monde. On a vu pour Mouscron (club belge de Lopez, relégué en 4et Département des problèmes financiers graves, d. Rouge.). Ces zones d’ombre appellent, la mutuelle peut-elle continuer à vendre du rêve en Ligue 2 ? Le projet change complètement, il faut convaincre mentalement les investisseurs… »

La Ligue 2 est loin d’être un long fleuve calme

Frédéric Roux, lui, ne cache pas son pessimisme face à la relégation de son ancien club. Avec une main d’oeuvre en pleine reconstruction et très peu de certitudes sur place, le chantier s’annonce gigantesque. « La Ligue 2 n’est pas un jour férié, interpelle l’ancien gardien. C’est une lutte constante. Je crains que ce club ne disparaisse avec le temps. Toulouse a pu récupérer assez vite, mais Sochaux, Auxerre et Caen mettent beaucoup plus de temps… Il va falloir nettoyer beaucoup. Ils ont besoin d’un mélange de jeunes comme Sékou Mara et de quatre ou cinq capitaines de Ligue 2 pour superviser tout cela. »

Alors que le club sombre dans l’anonymat croissant, la question de l’ADN des Girondins revient également sur le devant de la scène. Dans un football moderne qui dénature de plus en plus certains clubs, comme les firmes américaines King Street et GACP, qui ont jeté les bases de la chute des Girondins, un retour aux sources est souhaité par plusieurs figures du club.

En tout cas, Frédéric Roux espère que les anciens joueurs auront leur mot à dire dans l’ère incertaine qui s’ouvre à Bordeaux. « Nous apprécierions un coup de main. J’aimerais m’impliquer dans un rôle, redonner à ce club ce qu’il m’a donné. Je me souviens avoir été interpellé par l’arrivée de Montpellier, tous les membres de la délégation et le staff étaient vieux ! Aujourd’hui ce club n’a plus aucune valeur, personne ne s’y identifie. « Reste à savoir si le déménagement à l’étage inférieur permettra aux Girondins de remettre la tête en place. Et compte tenu de la situation actuelle au Haillan, l’optimisme est de mise.


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