La nuit magique de l’AJ Auxerre / Ligue 2 / Play-off 2 / Auxerre-Sochaux (0-0, 5 TAB 4) / SOFOOT.com

En battant Sochaux dans ce qui ressemblait à un match marathon, l’AJ Auxerre s’est donné le droit de rêver. Il rêve d’être monté en Ligue 1 dix ans après son départ. Dans les travées du stade Abbé Deschamps, la fête était belle : elle rappelait que l’équipe Icaunaise n’avait rien perdu ou presque de son excellente prestation.


Modifié

Dans les allées, les préliminaires ressemblent à une grande fête de famille. Certains ex-ultras ont sorti leur vieux satin usé, d’autres ont traversé, selon leur âge, leur maillot Tainio Playstation floqué ou Jelen siglé Airness. En tout cas, la consigne de venir en bleu et blanc a été respectée. Comme lors de la dernière journée de Ligue 2 face à Amiens, l’Abbé-Deschamps fait le plein. En s’engageant sur la Route de Vaux, les supporters plus ou moins opportunistes se souviennent peut-être de la devise de leur club : « L’AJA est bâtie sur de la pierre, l’AJA ne coulera pas. »

Dix ans de Ligue 2, rien de plus ?

Et pourtant, ceux qui ont suivi cette AJA pendant une décennie ont failli abandonner. L’argument « Auxerre est un club dont la place est en Ligue 1 » atrophiée et l’équipe d’une petite préfecture de province de près de 30 000 habitants s’est assimilée, c’est-à-dire reléguée au second plan. Pour la dernière génération de supporters arrivée dans les tribunes de Leclerc, Tennis, Vaux et Guy Roux, la poursuite de l’AJ Auxerre ressemblait ainsi à un parcours du combattant dans lequel les désillusions s’enchaînaient et le fatalisme était devenu la religion d’État.



Comme un symbole, alors que l’AJA s’apprêtait à fêter son dixième anniversaire dans l’Antichambre, elle a réalisé sa saison la plus aboutie, brisant toutes les statistiques négatives accumulées au fil des années et enchaînant les résultats pour monopoliser les premières places du classement sans discontinuer. Jusqu’à ce qu’il récolte 74 points et participe ainsi aux éliminatoires, découvrant l’injustice de ce système absurde qui vise à offrir aux consommateurs de football un spectacle supplémentaire, au lieu de supposer vouloir protéger à tout prix la dix-huitième Ligue 1.

Bien mais pas encore grand

Auxerre mériterait-il de monter tout droit ? Sans aucun doute. A-t-il résisté à entrer dans le feu pendant quelques heures de plus ? Au vu de la performance sportive et collective contre Sochaux (offensivement décevante mais régulière dans l’action), la réponse est non. Face à des Cubs handicapés par un deuxième déplacement en trois jours, les Ajaists ont en effet tenté d’embrasser leur maigre statut de favoris. Jusqu’à ce qu’ils coupent la crinière de leurs adversaires à travers la plus cruelle de toutes les épreuves, les tirs au but. Il a fallu se casser la tête dans les tribunes : quand l’AJA a-t-elle disputé une séance comme celle-ci pour la dernière fois ? Oui, il y a eu une défaite 6-5 en Coupe de la Ligue 2019 face à Béziers (aujourd’hui en N2).

Ce soir-là, Alexandre Coeff et Quentin Bernard ont raté leur tentative. Depuis, les deux amis ont confirmé leur statut de leaders absolus dans le système de Jean-Marc Furlan. Et quand ils ne tentaient pas leur chance contre les Doubistes, c’était une fête impromptue entre leurs coéquipiers et le Kop, qui a mis une bonne demi-heure à sortir de la pelouse. Un terrain où les fans ont exprimé leur joie de retrouver le goût des belles choses et le droit de rêver. “Nous avons fait quelque chose de bien. On peut faire de grandes choses en dix jours » , a résumé un Quentin Bernard en slip au micro des Ultras, en guise de remerciement et avant de se promettre d’aller chercher deux ou trois bières. Et si la place de l’AJ Auxerre, malgré le poids des années, était réellement dans l’élite du football français ?

Par Julien Duez au stade Abbé Deschamps

Leave a Comment