“Je mettrai une petite étoile dans le logo”

Laurent Lairy est un homme chanceux. Président du Stade Lavallois pendant un an et demi, c’est lui qui a revigoré le club jusqu’à la montée en Ligue 2. Une belle et surtout rapide réussite après tant d’années marquées par la perte de son statut professionnel et le sceau des mauvais résultats. Cette institution française du football, qui fête ses 120 ans, retrouve son lustre d’antan qui lui avait permis de briller en Coupe UEFA dans les années 1980. Avec lui, la valse des joueurs et des entraîneurs est terminée et fait place à un projet aussi stable qu’ambitieux, mais toujours bienveillant.

Qu’est-ce qui vient après cette annonce ?

Foot Mercato : Deux semaines après le titre National, tu dois être un heureux Président toi qui fait depuis longtemps partie du stock du club…

Laurent Lary : Je suis au club depuis 17 ans. J’étais un peu malheureux de vivre pour un club qui manquait de couleurs. J’ai décidé de prendre la tête un temps avec les mêmes actionnaires dont je fais partie depuis 17 ans afin de ramener un peu de savoir-faire dans le club. J’en ai fait partie moi-même. Je pense que nous ne nous en soucions pas assez, nous n’avons pas eu le temps. J’ai décidé de le dédier en lançant un projet que j’appelle les trois R : Monter, Rester et Rêver. L’idée est de revenir en Ligue 2 et d’y rester en utilisant les outils et l’attitude que j’ai acquis en un an, c’est-à-dire le savoir-être et l’expertise. Combiner les deux est essentiel pour moi, aussi pour la vie en général.

FM : Vous avez pris la présidence du Stade Lavallois il y a un peu plus d’un an et pour votre première saison complète l’aventure a été couronnée de succès. Avez-vous imaginé de tels débuts ?

LL: les planètes alignées. Merci la vie ! Lorsque vous définissez un projet, vous savez que les choses ne vont jamais droit. Bien sûr, il y a toujours des moments plus difficiles. Et je m’y prépare. Mais cette année tout s’est parfaitement déroulé. L’année des 120 ans, on retourne en Ligue 2, on est champions, ça n’est jamais arrivé au Stade Lavallois. Je mettrai une petite étoile dans le logo. Je voudrais saisir cette opportunité (sourire). On en profite mieux, le soleil brille. Nous prenons de la vitamine D lorsque la tempête arrive.

FM : Vous avez également réveillé la foule du stade Francis Le Basser qui était absente pendant le Covid mais en colère contre le parcours que le club empruntait à votre arrivée…

LL: La Mayenne est une terre de football. En termes de population, nous avons le plus de licenciés en France. Tout le monde est derrière. Et dès que ça tremble, tout le monde revient. C’est quelque part ma plus grande satisfaction : s’être réunis autour du football et faire de la Mayenne et des Mayennaises une passion, un totem. Le football fait partie de l’ADN de la Mayenne. Un projet manquait, du temps à passer. J’y ai mis du temps, de l’énergie et de la passion. Ce sont les ingrédients du succès.

“On n’a pas toujours eu le temps de passer des heures à structurer le club”

FM : que voulez-vous dire par « il n’y avait pas de temps » ?

LL: En fait, nous sommes un club un peu spécial. Nous avons 80 actionnaires, tous chefs d’entreprise, et vous savez très bien que quoi que nous fassions, nous n’avons pas toujours eu le temps de passer des heures à structurer le club. Et c’est comme ça qu’on l’a confié aux salariés, et si on ne leur donne pas l’énergie et la vision, forcément ils sont un peu perdus. J’ai décidé d’y consacrer du temps, d’ailleurs, avec les mêmes personnes. Nous n’avons rien changé ! Et, forcément, ça transmet de l’énergie, ça donne du plaisir, de la solidarité, de la bienveillance… autant de mots clés que l’on connaît et qui sont la recette de la vie. Je ne m’attribue pas le mérite du succès de cette réalisation. C’est tout le travail ensemble. Je ne suis que l’animateur.

FM : Les actionnaires n’étaient pas intéressés par le club ?

LL: Non, mais nous avons pris une décision et n’avons pas vérifié si elle était mise en œuvre. Ces petites choses. Le succès est une juxtaposition de détails. Si nous examinons tout cela, si nous nous consacrons aux gens, si nous nous soucions de ce qu’ils font, de leur vision, si nous leur fixons des objectifs, alors à un moment donné, cela se concrétisera. On a un peu perdu ça. Je suis au club depuis l’âge de 17 ans. J’étais mécontent car nous avons d’excellentes entreprises en Mayenne et un jour j’ai dit aux actionnaires : “Nous sommes tous excellents dans nos entreprises, alors pourquoi le Stade Laval n’atteindrait-il pas cette excellence ?”. Tout le monde s’est mis à courir.

FM : Vous avez pris des décisions risquées en gardant des hommes comme Olivier Frapolli qui étaient déjà en poste alors que ça ne semblait pas vraiment marcher…

LL: Je n’ai pris aucun risque. La stabilité, c’est la vie, aussi dans le football. J’ai déjà embauché des joueurs en National, deux ans plus un pour 18 d’entre eux, donc ils se sont installés avec leurs familles. Olivier Frapolli est un coach que j’avais déjà découvert. Il était avec le club depuis deux ans. Je l’ai trouvé triste. Il n’avait qu’à lui donner de l’énergie. Mais en réalité c’est un bon coach, un gars avec des valeurs. Je pensais que si on lui laissait la chance de s’exprimer, il trouverait sa place. Il a fait. Bien sûr, si ce n’était pas ma tasse de thé en termes d’accord, je ne l’aurais pas honoré. En fait, nous nous entendions bien, mais comme je n’avais pas ma main, je l’ai laissé faire. J’ai observé des choses. Nous nous sommes parlé en mars 2021 et nous nous sommes tout de suite entendus. J’ai renouvelé son personnel car ils étaient déjà là. C’était plus facile de construire avec quelqu’un qui connaissait déjà les codes. Je les remercie d’avoir accepté de rester, car les conditions dans lesquelles ils travaillaient n’étaient pas faciles. Je lui ai rendu ce qu’il espérait en venant ici. Il l’a obtenu par son travail, tout comme notre complicité.

Plus de 100 joueurs et 5 entraîneurs en 5 ans !

FM : Vous avez utilisé la méthode de faire du neuf avec de l’ancien, mais ça marche pour vous…

LL: Vous savez, la direction place les gens au bon endroit avec ce qu’ils peuvent faire. Mon travail est d’observer ce que les gens peuvent faire et de leur donner les conditions pour s’exprimer pleinement. Olivier était limité par beaucoup de choses, donc je lui ai donné les conditions pour que chacun au club puisse travailler avec ses ressources et ses qualités.

FM : Pourquoi proposez-vous des contrats longs à la plupart de vos joueurs, ce qui est rare en National ?

LL: À Laval en 5 ans il y avait 105 joueurs et 5 entraîneurs. Vous ne pouvez rien construire avec. J’ai dit arrêtons ça. Trouver la stabilité est absolument nécessaire. Là j’ai 18 joueurs sous contrat pour l’année à venir et je vais recruter environ 8 joueurs qui seront bien sûr plafonnés pour plus en Ligue 2 Mise à jour (Niveau d’augmentation, ndlr) le groupe. Ces joueurs sont embauchés pour 2 ans, 3 ans. L’objectif est de garder une colonne vertébrale de 15/18 joueurs et d’en renouveler un tiers chaque année.

FM : Depuis le début de votre présidence, vous avez également pris plaisir à recruter des joueurs expérimentés et locaux en faisant revenir d’anciens membres de la Maison. Il y a même des rumeurs selon lesquelles Anthony Gonçalves reviendra (en fin de contrat à Caen, ndlr)…

LL: Ah, tu dis ça, mais c’est malin (rires). Mon objectif était d’amener des joueurs connaissant la Mayenne et capables de jouer au niveau où nous sommes. En effet, des joueurs comme Kevin Perrot, Maxime Hautbois, des joueurs qui étaient importants pour moi, Jordan Adéoti, qui n’est pas de Mayenne mais qui a joué au club, c’est ce que j’appelle la base, des joueurs qui connaissent les codes. Tu peux avoir les meilleurs joueurs, si à un moment donné tu ne te retrouves pas dans un environnement que tu connais, tu passes du temps à t’adapter. Et parfois, vous ne vous adaptez jamais. Je ne vais pas prendre l’exemple du Paris Saint-Germain, où ils ont forcément de grands joueurs, mais on ne leur a peut-être pas donné les codes. Ils peuvent ne pas être à l’aise avec eux. Il s’agit toujours d’allier savoir-être et savoir-faire. Je voulais connaître le savoir-faire de Kevin, Max et Jordan, ces joueurs-là, parce que je savais qu’on s’entendrait bien. Et donc vous construisez autour de cela. Je souffre parfois de trop d’argent et de trop de savoir-faire dans le football, mais on oublie le facteur humain. Et je ne sais pas comment gérer les choses sans les gens.

Réussite en L2, et pourquoi pas plus…

FM : L’objectif pour la saison prochaine sera principalement le maintien ?

LL: Je me constitue un budget financier pour rester (en Ligue 2, ndlr), environ 10M€ (cette saison c’était entre 3M€ et 3,5M€, ndlr.) et recruter aussi des joueurs qui nous conviennent, bien sûr avec des professionnels qualité et savoir-faire. Le but est bien sûr de continuer. Il y aura 4 départs alors ne vous y trompez pas. Il faut aussi structurer le club, trouver des potentiels d’amélioration au centre de la performance, faire des ajustements et ensuite rêver, si vous comprenez ce que je veux dire (rires).

FM : Vous pensez à la Ligue 1 ?

LL: On ne sait jamais ! Ceci est en cours de construction. Laval a déjà joué en Ligue 1 avec une belle histoire. En 120 ans, l’association a toujours existé malgré les guerres. On est en Ligue 1, on est en Coupe d’Europe, on est en Ligue 2 et si on additionne tout on est le 10ème club avec le plus de sélections en France. Cela signifie que nous avons quelque chose et que nous devons en profiter.

FM : Qu’aviez-vous en tête lorsque vous évoquiez la structuration du club ?

LL: Je discute avec la communauté de la municipalité de Laval pour rénover Le Basser. On s’est presque mis d’accord pour avoir un plan de rénovation sur 3 ou 4 ans. On rénoverait complètement le stade de 12 000 places et on pourrait peut-être le porter à 18 000 si on avait la chance de revenir un jour en Ligue 1. En parallèle, il faut structurer le centre de formation masculin et féminin et construire à terme une équipe féminine de haut niveau. C’est en cours avec notre association. Pour être les plus rapides en National nous sommes en R1 en ce moment. Le football n’est pas qu’une affaire d’hommes, donc je veux faire ça.

FM : Quid du centre de formation qui a perdu sa licence un an après avoir été relégué en National ?

LL: Je vais rouvrir le centre de formation mais la fédération française n’approuve qu’à partir d’une saison (en Ligue 2). C’est l’un des objectifs pour 2023/2024. On va le rouvrir, le restructurer, mais il existe, donc il n’y a pas grand chose à faire. Il faut remettre en place ce qui était en place il y a 4 ans. Nous y investirons.

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