Dans les coulisses du métier d’analyste vidéo

Antoine, comment es-tu devenu analyste vidéo ?
J’ai joué dans un club dès mon plus jeune âge. J’ai notamment visité le Racing Club de France dans les Hauts-de-Seine, où j’ai rencontré des entraîneurs qui m’ont fait penser au football, qui nous ont fait beaucoup travailler la tactique. Je l ‘ai beaucoup aimé. Après le bac, j’ai suivi une formation d’ingénieur, rien à voir avec le foot, mais c’est resté ma passion. Parallèlement à mes études, j’ai toujours regardé beaucoup de matchs. Après avoir obtenu mon diplôme d’ingénieur, j’ai voulu tenter ma chance et prendre le risque de faire de ma passion un métier. Je réfléchissais à la profession de football qui me conviendrait le mieux, et c’est là que l’analyse vidéo m’a sauté aux yeux. Je suis ensuite allé dans une école qui donne un diplôme d’analyste vidéo et l’été suivant, 2019, j’ai eu l’opportunité de m’y mettre PSG en tant que stagiaire. Aujourd’hui je termine ma 3ème saison au club.

Comment définiriez-vous votre rôle ?
L’analyste vidéo est devenu un analyste de jeu : au-delà de l’outil vidéo, notre objectif est d’analyser le jeu, que ce soit le jeu de notre équipe ou celui de l’adversaire. Nous essayons d’aider au maximum le staff dans ses demandes techniques et tactiques. L’outil vidéo est un moyen d’y parvenir. Pour rentrer plus dans le détail, à mon arrivée au PSG, je me suis surtout préoccupé d’analyser l’adversaire à travers différentes missions. J’ai continué à faire de plus en plus de choses à l’adversaire. Cela a commencé par le déroulement des matchs, puis il s’est agi du montage vidéo, de la sélection des clips, des reportages… Aujourd’hui je travaille sur les différents aspects de l’analyse vidéo : nos matchs, ceux des adversaires et, sur au quotidien, la formation.

“Quatre à cinq matchs par adversaire”

Comment un adversaire est-il observé ?
On regarde quatre à cinq matchs par adversaire en Ligue 1, généralement les plus récents, mais il peut y avoir des moments où d’autres matchs sont sélectionnés plus pertinents en termes de contexte, de système utilisé, de joueurs absents… De nombreux critères vont être considéré. Avec nos adversaires en Ligue des champions, on peut facilement aller jusqu’à 10 matchs car on ne connaît pas aussi bien les équipes. Le PSG joue une cinquantaine de matchs par saison, donc on doit regarder environ 300 matchs avec mes collègues rien que pour regarder les adversaires. Ensuite, nous devons ajouter nos matchs à nous!

Quelle est la structure de l’équipe de video analytics du PSG ?
Nous sommes trois plus un stagiaire. Vincent Brunet et moi travaillons sur des vidéos et Clément Gonin est plus orienté data. Notre stagiaire Maxime nous aide tous au besoin. Dans la partie vidéo on fait un adversaire avec mon collègue Vincent. Nous avons essayé différentes méthodes. Au début, nous devions tous les deux faire face au même adversaire et répartir les tâches. Cependant, on s’est vite rendu compte qu’il nous était plus facile de contrôler complètement un adversaire, notamment par rapport au staff.

Quel type de données est échangé ?
Les données et la vidéo fonctionnent en parallèle et finissent par se chevaucher. Il y a une analyse par l’oeil et l’image. La partie data nous permet de traiter des informations et des données de début de saison plus difficiles ou plus longues à quantifier à l’oeil. Les données nous font gagner du temps, ce qui est précieux si nous jouons tous les trois jours. Cela nous amène à certains concepts ou indicateurs très difficiles à voir à l’œil nu.

De quelles notions parles-tu ?
Par exemple, on regarde si les équipes sont au dessus ou en dessous de la moyenne par rapport au reste de la saison, si elles sont particulièrement bonnes quand on les joue. On verra si les équipes ont tendance à jouer court ou long, si elles sont pressées… On peut voir quelque chose comme ça à l’œil nu dans certains jeux, mais on veut savoir si les équipes agissent comme ça tout le temps .

« Avons-nous trouvé ce qui était travaillé à l’entraînement ? »

À quoi ressemble une semaine de travail type ?
Il y a une différence entre les semaines où on joue tous les trois jours et les semaines où on n’a qu’un match. En semaines de deux matchs, le lendemain de la rencontre, on travaille notre jeu, on regarde les séquences pour repérer les notions que le coach a demandées, proposer des corrections… On va parler au staff pour voir, comment on gère avec vidéo pour que le staff puisse envoyer le message souhaité aux joueurs. L’analyste qui a travaillé sur notre jeu s’occupera de la synthèse du jeu le lendemain. Pendant le jeu, nous coupons déjà des séquences sur lesquelles nous travaillons ensuite, en plus des séquences qui nous sont fournies par le staff. À la fin de chaque jeu, il y a un rapport vidéo et bien sûr un rapport de données. Pendant ce temps, l’autre analyste vidéo étudie le dernier match du prochain adversaire. Il met à jour les rapports, ce qui est important par rapport à ce qui a été vu lors des jeux précédents. Et après on passe aux autres jeux… Il y a aussi notre travail sur l’entraînement puisque toutes les séances sont filmées.

Vous avez parlé des demandes du coach et de son staff… Pouvez-vous nous donner des exemples ?
Je ne peux pas trop rentrer dans les concepts, mais ça peut être les sorties de balles, notre pressing, nos pertes de balles… Tous les concepts que le coach veut mettre en place et qu’on s’approprie au fur et à mesure de la saison. Avons-nous trouvé dans le jeu ce sur quoi nous avons travaillé à l’entraînement ou non ? À partir de toutes ces demandes, nous créons une vidéo et un rapport de données. Il y a une vision globale du staff par rapport au projet de jeu et par rapport à ce que l’on voit du jeu. Ensuite, chaque jeu a sa propre histoire. Si nous percevons quelque chose de nouveau ou trouvons des éléments que nous pouvions voir il y a trois mois, il peut y avoir des demandes spécifiques pour examiner ces informations, approfondir une idée et voir si nous pouvons proposer quelque chose de pertinent.

Pouvez-vous nous dire quelque chose sur les commentaires vidéo individuels ?
Ce sont les salariés qui s’en occupent. Nous interagissons avec le staff, qui dans un second temps donne aux joueurs un retour collectif et individuel. Notre travail est de fournir aux entraîneurs les éléments dont ils ont besoin pour leur analyse et leur plan de jeu. Le choix des images à montrer aux joueurs leur appartient.

“Nous nous adaptons constamment”

Vous avez travaillé avec Thomas Tuchel et Mauricio Pochettino. Comment avez-vous dû vous adapter ?
Il est vrai que l’analyste vidéo est un métier d’adaptation. Les gens changent, les directions changent et nous nous adaptons constamment. Les exigences ne seront pas les mêmes. Certains entraîneurs posent plus ou moins des questions sur leur équipe, sur l’adversaire… Il y a des entraîneurs qui préfèrent les rapports écrits, d’autres les rapports vidéo avec des séquences animées… La nature des demandes varie d’un jour à l’autre. Je ne suis peut-être pas le mieux placé pour répondre à cette question car lorsque Thomas Tuchel était au club j’avais un regard un peu plus distant en tant que stagiaire. Et Thomas Tuchel avait aussi son propre analyste vidéo dans son staff.

Mauricio Pochettino et ses collaborateurs aiment-ils particulièrement travailler avec la vidéo ?
Je pense que oui. On discute avec des analystes d’autres clubs, mais c’est difficile de comparer car le PSG joue souvent tous les trois jours. Le rythme est différent, ce qui fait que l’outil vidéo est largement utilisé à Paris et très important pour faire passer des messages. Nos employés utilisent-ils désormais davantage la vidéo que les autres employés ? Je pense que oui, même si c’est difficile à quantifier et que chaque employé a son propre usage de la vidéo.

Cette saison, le PSG a parfois joué avec une défense à trois. Quel a été votre travail sur cet aspect du jeu ?
Il n’y a pas eu de demandes particulières, on reste dans le cadre classique. Si nous jouons à un jeu dans un système spécifique, nous concentrerons le rapport d’après-match sur ce système en particulier. Le coach choisit son plan de match, sa façon de faire et nous sommes là pour lui fournir le maximum d’informations et d’outils pour l’aider à faire passer ses messages.

Le département handball du PSG dispose également d’un analyste vidéo. Vous avez besoin d’échanger sur vos pratiques respectives ou même de travailler ensemble ?
Nous n’avons pas encore eu l’occasion, mais j’adorerais l’avoir. On parle parfois à des analystes d’autres sports, notamment des gens qui travaillent dans des clubs de rugby, en Top 14 et en Pro D2. C’est intéressant de discuter avec des analystes d’autres sports car même si on parle beaucoup du jeu, il y a aussi la partie physique, la captation vidéo, quels angles utiliser… Ces retours ne peuvent être que bénéfiques, car qui dit différent le sport dit différentes problématiques, différents contextes… Ces échanges nous permettent de trouver de nouvelles solutions d’utilisation de notre matériel, que ce soit en direct lors des matchs ou lors des entraînements.

(Photo : PSG)

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