Changement de propriétaire, crise de supporters, fond sportif… Les dates de la chute infernale de Bordeaux

Devant la scène se dresse un monument du football français. Officiellement relégués à l’issue de la dernière journée, samedi 21 mai, les Girondins de Bordeaux évolueront en Ligue 2 pour la première fois depuis 1992. Une relégation qui interrompt une saison cauchemardesque durant laquelle l’équipe était hors des terrains tandis que la polémique hors du terrain empoisonnait l’ambiance.

Pourtant, les galères bordelaises ont commencé bien avant l’exercice 2021-2022. L’équipe ne s’est pas qualifiée pour la compétition européenne au cours des trois dernières saisons, bien qu’elle l’ait fait 13 fois depuis 2000. Depuis que le club a été racheté par un fonds d’investissement américain à l’automne 2018, Marine et Blanc ne sont plus une équipe européenne en retrait du classement. Retour sur cinq dates symboliques de ce déclin.

6 novembre 2018 : le GACP prend les rênes de ce qui reste un club européen

En novembre 2018, après 19 ans sous la houlette de M6, Bordeaux est rachetée par le fonds d’investissement américain General American Capital Partners (GACP) après plusieurs mois de négociations. “Une nouvelle [page] s’ouvre” pour Bordeaux, note l’ancien propriétaire Nicolas de Tavernost.

Le changement intervient après un début de saison difficile. L’entraîneur uruguayen Gustavo Poyet a été limogé en août et l’équipe reste embourbée dans le ventre de la ligue, bien qu’elle soit toujours qualifiée pour la phase de groupes de la Ligue Europa. Bordeaux a disputé son dernier match européen le 13 décembre 2018 contre le FC Copenhague (victoire 1-0 au Danemark), quelques semaines après l’arrivée du GACP.

Automne 2019 : la méfiance règne chez les supporters, King Street évince le GACP

Sur le terrain, le début de saison 2019-2020 est plus excitant. Bordeaux est resté en contact avec les marchés européens presque jusqu’à l’armistice. Dans les coulisses, cependant, la tension ne se relâche pas. Les supporters commencent à se révolter contre le club, notamment après un problème de billetterie qui aurait découragé certains supporters de s’installer dans le coin sud.

En particulier, la santé financière des Girondins est une préoccupation croissante (déficit de 25 millions en 2018-2019 selon la LFP). L’actionnaire majoritaire King Street annonce le rachat des parts minoritaires de GACP le 16 décembre 2019 et réaffirme sa volonté de s’inscrire durablement auprès de la Gironde.

Mai 2020 : Les “Bordeaux Leaks” plongent le club dans une nouvelle crise

Alors que le football est en pause dans toute la France en raison de la pandémie de Covid-19, les Girondins de Bordeaux en parlent encore. Début mai 2020, le groupe de supporters des Ultramarines a dévoilé les enregistrements audio des réunions stratégiques au sommet du club. Ils visent notamment le vice-président Frédéric Longuépée et le responsable de la billetterie Antony Thiodet, âprement disputés. Les Ultras tentent de dénoncer ce qu’ils perçoivent en interne comme la mauvaise gestion du club : problèmes de billetterie, parrainage de clubs amateurs contre de l’argent… Les relations entre supporters et direction ne sont pas loin d’avoir atteint un point où il n’y a plus de retour en arrière.

Avril-mai 2021 : Premier sweat sportif, King Street se lâche

En cette fin de saison 2020-2021, les Girondins ont ressenti pour la première fois le stress de la course au maintien. Dans le sprint final, le club était à deux jours de la 16e place, à cinq points du barrage avec seulement quelques jours à jouer. Il a fini par avoir 12 ans.

Dans le même temps, une annonce choc arrive fin avril : Bordeaux annonce King Street “Je ne souhaite plus soutenir l’association et financer ses besoins actuels et futurs”. En conséquence, le FCGB est sous la protection du Tribunal de Commerce de Bordeaux. La porte est ouverte à une OPA pour éviter le redressement judiciaire. Grâce à l’homme d’affaires hispano-luxembourgeois Gérard Lopez, elle arrive en juin.

Le président des Girondins de Bordeaux Gérard Lopez et le directeur sportif Admar Lopes lors de leur première conférence de presse à Bordeaux en juillet.  (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

Le rachat par l’ancien patron de Lille est confirmé par le tribunal de commerce en juillet. Elle permet aux Girondins, visés par la DNCG, d’éviter une rétrogradation administrative.

17 février 2022 : Bordeaux démarre, David Guion arrive

Suite au limogeage de Vladimir Petkovic, qui a été limogé après sept mois à la tête alors que Bordeaux est les lanternes rouges de Ligue 1, le club a nommé David Guion comme son successeur. L’ancien Rémois débarque en Gironde en tant que sapeur-pompier de garde avec un objectif clair : faire perdurer l’entretien.

L’échec est total et les chiffres sont terribles. Depuis son arrivée sur le banc, Bordeaux n’a gagné que deux fois (3-1 contre Metz lors de la 31e journée et 4-2 contre Brest lors de la dernière journée). L’équipe a la pire défense des grands championnats européens (91 buts). Guion est même devenu l’entraîneur des Girondins avec le plus faible ratio de points par match (0,78) de l’histoire du club.

Mars 2022 : L’« affaire Costil » agite un vestiaire délabré

Trouble sur le terrain depuis le début de saison, Bordeaux s’offre une nouvelle polémique extra-sportive fin mars. Alors que les Girondins tentent de mettre fin à une séquence de six matchs sans victoire en accueillant Montpellier, une altercation s’ensuit à la mi-temps entre Benoît Costil et un meneur des Ultramarines. Le groupe accuse l’ancien Rennais de racisme sans étayer ses propos.

L’acte d’accusation mentionne également le nom de Laurent Koscielny, dont le contrat a été résilié en janvier. L’écart entre les Ultras et les joueurs réunis derrière leurs coéquipiers se creuse. La descente se poursuit au sol. Bordeaux file droit vers la Ligue 2.

Mai 2022 : L’équipe est officiellement reléguée en Ligue 2

Après avoir mené 2-0 à Nice mercredi 11 mai, Saint-Etienne avant de s’incliner 2-4, le couperet est tombé samedi 21 mai après 45 minutes de relégation. Malgré une dernière victoire avec du cœur et des tripes contre des Brestois, qui n’avaient plus rien à jouer (4-2), les Bordelais ont terminé 20e et derniers du tableau et ont été officiellement relégués en deuxième division, où ils continueront à évoluer la saison prochaine.

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