Cette saison était-elle vraiment si merveilleuse ? / Ligue 1 / Résultats / SOFOOT.com

La Ligue 1 s’est terminée samedi dernier. Cette saison est souvent décrite comme l’une des meilleures et des plus belles depuis longtemps. Compte tenu de la thérapie post-Covid-Calino, de la nécessité de survendre le football français (la LFP fantasme environ 1,8 milliard de droits TV en quatre ans) et du traditionnel halo hexagonal, cet engouement n’a rien d’étonnant. Par conséquent, nous devrions prendre du recul et nous demander, le bilan est-il si positif ?

On a pu démarrer par la fin, le fameux sprint final. Alors qu’en Italie et en Angleterre il fallait attendre le dernier jour voire la dernière minute pour connaître les titulaires, un AC Milan surprise et un Manchester City extraordinaire, en France tout était scellé depuis des lustres. Le PSG est le premier point noir de la saison. Certes le niveau de jeu a un peu augmenté grâce aux prestations de Rennes ou de Lens. Mais rien qu’en écrémant la cote, les Parisiens n’ont clairement pas arraché ce petit monde. Le PSG est champion statistique mais il n’a impressionné personne et plusieurs équipes l’ont détrôné. Marquinhos et ses coéquipiers ont peut-être terminé l’exercice avec 15 points d’avance sur leur dauphin marseillais. Quel match de ce PSG a marqué les esprits ? Depuis des mois, le club de la capitale semble ne s’être focalisé que sur l’affaire Kylian Mbappé. Pour le reste, le public et les supporters ont davantage vibré à La Meineau ou à La Beaujoire. La consécration domestique en demi-teinte d’un entraîneur du PSG à domicile, toujours impuissant et fragile et en colère contre ses supporters (jusqu’à une grève jubilaire) en Europe, résume bien des coups décevants de l’édition 2021-2022 de la Ligue 1. En aparté, n’oublions pas le sort des arbitres – que ce soit juste lors de l’arrêt de Nice-OM ou avant le courroux de Sylvain Armand – les éternels boucs émissaires des joueurs (pour réitérer la pathétique prestation d’Adil Rami à leur encontre lors des Trophées UNFP entendus) et du staff. Un statut de bouc émissaire souligné par le VAR mais destiné à contenir cette cabale.

Ligue 1 Freex ?

L’OM a en effet finalement remporté le deuxième championnat. Il est resté l’un des volcans du football français. Mais à l’instar des parcours européens de Rennes ou de Lyon, les Marseillais ont illuminé grossièrement les frontières tricolores. Sur le papier, les adversaires des équipes de France étaient à portée de main. Sauf peut-être pour Rennes, qui a découvert l’écart persistant avec la Premier League, tout comme Lyon, qui a rencontré West Ham. Les Phocéens n’ont pas pu surpasser Feyenoord, qui représente un championnat si souvent dit inférieur au nôtre. La vanité de la Ligue 1 a pris un autre coup. Le prochain mercato devrait encore démontrer la faiblesse économique mais aussi l’attractivité de notre championnat, avec une longue liste de talents titulaires (Aurélien Tchouameni, Boubacar Kamara, Jonathan David, Renato Sanches, Randal Kolo Muani…). Et on se demande qui remplira les rangs. Le “reste” de Mbappé ne peut pas tout cacher, pas plus que le chéquier de QSI.

Bordeaux, la vraie catastrophe de 2022

La Ligue 1 a aussi montré à quel point il est difficile de faire vivre ses fonds propres et son patrimoine et de le valoriser. Strasbourg chute au pied du podium européen, alors que les Alsaciens ont été la “surprise” inattendue de cette saison, preuve que tout est possible avec un budget de moins de 50 millions. Malheureusement, ses prédécesseurs dépassent la centaine de millions. L’ordre économique est maintenu à chaque plan de match, dans le même temps Metz et Bordeaux sont relégués en Ligue 2 au pire moment possible, car l’an prochain avec le passage à 18 clubs seules deux promotions sont possibles. Saint-Étienne abordera les barrages en position de force mais risque de trembler face à l’AJ Auxerre, qui meurt d’envie de retrouver la table des hautes instances. L’échec du club girondin reste la véritable catastrophe de 2022, l’accident du travail si révélateur, avec une crise de gestion, la démobilisation de l’effectif et la rupture avec supporters et ultras au menu.

La relation avec le monde des tribunes était finalement le gros point noir. Le contexte était unique et façonné par les conséquences sociales de la pandémie et politiques encore plus larges (1er janvier 2019).ah Le 1er mai on a vu réapparaître une croix celtique entre les mains de quelques voyous rémois qui se sont rendus à Lorient). Cependant, la saison a été émaillée d’incidents (incursions sur le terrain, etc.), de tensions (jets de bouteilles, etc.) et de conflits structurels entre les groupes et la direction. Dimitri Payet est justement revenu sur le sujet lors des trophées UNFP. Le nombre d’interdictions de voyager pour les supporters a explosé. Surtout, on se demande ce qu’il adviendra du timide dialogue engagé sous l’égide de Roxana Maracineanu après qu’elle aura cédé la place à Amélie Oudéa-Castéra, une technocrate purement macroniste. En attendant, les services de police dans la lutte contre le hooliganisme ont montré qu’il est toujours plus facile d’interdire un stade pour un fumigène que d’empêcher des heurts prévisibles, comme l’expulsion des Néerlandais à Marseille. La Ligue 1 reste, quoi qu’on en pense, toujours dans le tilleul de l’empire du football du vieux continent.

Par Nicolas Kssis-Martov

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