ENTREVUE. Elie Baup : “La situation des Girondins est un vrai déchirement”

l’essentiel
C’est un monument du football français qui est en danger. Elie Baup, entraîneur bordelais entre 1997 et 2003, a accepté de revenir à la situation actuelle des Girondins.

Alors que Saint-Etienne se déplace à Nice dans un match décalé de la 36e journée de Ligue 1 ce mercredi 11 mai, une victoire des Verts barrerait les Girondins de Bordeaux à la Ligue 2. L’ancien manager du club au scapulaire renvoie cette descente aux enfers.

La situation est-elle difficile à supporter de l’extérieur ?

Forcément… J’ai passé 6 ans à Bordeaux, on a toujours été européens, on a gagné une fois la Ligue 1 et une Coupe de France. Il y avait 25 000 personnes dans le stade, c’était un très bon moment. Bordeaux est un club qui restera dans l’histoire du football français. Aujourd’hui est un vrai crève-cœur. Ça me fait mal au ventre de voir cette situation. C’est incroyable…

Avez-vous vu venir une saison comme celle-ci ?

Il y a eu des signes depuis le départ de M6 en 2018. Nous pouvons voir que les planètes ne sont plus alignées. Il y a eu ce fonds d’investissement (les Américains de GACP, dont les actions ont ensuite été rachetées par King Street, ndlr) qui allait mal, la désillusion du public, de nombreux changements de gérants. Gérard Lopez (propriétaire du club, ndlr) a hérité d’une situation très compliquée, notamment financièrement.

Le club a-t-il été déstabilisé ?

Oui, même s’il s’est enfui l’an dernier, il n’y a plus de réflexion collective. C’est encore assez brutal cette saison. Sur le plan sportif, c’est difficile à croire quand on voit le nombre de buts encaissés (89 en 36 matchs, ndlr). Historiquement, Bordeaux a toujours été difficile à manœuvrer et a encaissé peu de buts.

On ne peut pas rester en Ligue 1 avec une défense comme ça…

Bien défendre est avant tout un état d’esprit collectif. C’est une façon de voir le jeu, cela en dit long sur une équipe et sa mentalité car cela demande beaucoup de solidarité et d’abnégation. Pour réussir il faut regarder dans la même direction qu’à Toulouse, ce qui n’est pas le cas à Bordeaux. On sent qu’il y a un conflit permanent au sein de l’association.

Bordeaux doit-il suivre le modèle toulousain pour se relancer ?

Il faut remettre le terrain, le jeu et le projet sportif du club au centre des intérêts, ce que Damien Comolli a fait à Toulouse. Le football vous punit si vous ne le faites pas. Un club de football n’achète et ne vend pas. Ce sont des exploits sportifs, et le marketing prend beaucoup de place aujourd’hui. A Toulouse, un énorme travail a été fait avec les données, ce qui est remarquable. Mais cela ne se fait pas du jour au lendemain… Beaucoup de joueurs sont prêtés à Bordeaux, et contrairement au TFC, il n’y a pas de vrai projet.

Les jeunes devraient-ils avoir plus d’espace dans le club ?

La formation était une force bordelaise il y a quelques années. La preuve avec Koundé, Tchouaméni, qui brillent aujourd’hui dans les grands clubs. Il y a toujours eu de bons jeunes à Bordeaux. Ils étaient l’identité du club. Pour construire un vrai projet, il est toujours bénéfique de s’appuyer sur la formation. A Toulouse, les garçons sont liés au club, aux valeurs du club, au stade. C’est ce que vise le projet bordelais.

Quel avenir les Girondins doivent-ils désormais envisager ?

Nous tâtonnons dans le noir sur la situation financière. Gérard Lopez a sauvé les apparences avec le maintien en Ligue 1. Mais par quel moyen ? Nous pensons que le projet est limité par l’aspect financier. Il ne devrait pas y avoir de double rétrogradation. C’est surtout cette peur qui existe aujourd’hui. On ne sait pas ce qui pourrait arriver ensuite…

Leave a Comment