10 ans du titre – “Je n’ai jamais vu Mosson comme ça auparavant”, se souvient Vitorino Hilton

2012 : L’ODYSSÉE DU MHSC. Lorsque Vitorino Hilton est arrivé de Marseille pour remplacer Emir Spahic à l’été 2011, il a vu le potentiel de Montpellier. L’ancien capitaine du Brésil à Montpellier, qui a mis un terme à son aventure en Ligue 1 cet été, a le titre en tête depuis ses premiers mots à la presse.

Invité à votre première conférence de presse début août, vous annoncez que Montpellier pourrait devenir champion. Pourquoi ?

J’ai vu une très bonne équipe de Montpellier la saison dernière. Elle avait disputé la finale de la Coupe de la Ligue contre Marseille avant de ralentir vers la fin de la saison. Ils avaient de bons joueurs dans une ligue où il n’y avait pas de vrais favoris. Pourquoi ne pas jouer le titre ?

Comment avez-vous rencontré Louis Nicollin ?

Je l’avais croisé quelques fois dans les couloirs de la Mosson ou du Vélodrome, j’ai donc eu le privilège et l’honneur de rencontrer ce monsieur qui a fait le club.

J’ai beaucoup ri avec lui. Avant chaque match, je lui posais la même question : « Président, ça va ? “Je vous le dirai après le match”, a-t-il répondu très sérieusement. C’était notre rituel.

L’année de mon arrivée, il était un peu en retard. Il n’était pas très présent au club. Après avoir pris sa retraite de la Coupe de France à Ajaccio, il nous a gentiment envoyé faire un tour. Gagner un trophée semblait plus accessible qu’un titre de champion. Le trophée était important pour lui. “Tu es magnifique,” lâcha-t-il.

Y a-t-il un moment clé dans la saison ?

Je me souviens peut-être du match d’Evian-Thonon (21 décembre, défaite 4-2) qui s’est joué par un temps glacial et sur un terrain dégoûtant. On a fait une bonne première partie de saison. Ne s’attendant pas à être champion, l’entraîneur voulait être champion d’automne. Après cette défaite il nous a souhaité “de mauvaises vacances”.

Certains cherchaient déjà des cadeaux de Noël. Nous pouvions nous effondrer après cet échec, mais nous ne voulions pas gâcher notre belle saison. Après la pause, nous avons battu Lyon 1-0 après un beau match. Nous étions costauds et calmes pour ne pas laisser Paris filer. C’est vraiment un moment déterminant.

Le sacre de Montpellier s’achève en deux actes : Lille et Auxerre. Quelle image as-tu de ces deux soirées ?

Ça se joue dans ces deux matchs, mais les deux matchs précédents sont très importants. Il y a ce match devant Evian-Thonon (2-2). Younès (Belhanda) carton rouge, puis penalty. Nous pensions tous qu’Olive allait lui tirer dessus. Souley (Camara) prend le ballon, le frappe, mais le rate.

Dans la semaine qui a précédé le déplacement à Rennes, je n’ai jamais vu Souley comme ça. Très en retrait, seul dans son coin, en retrait. Nous l’avons chambré, rien n’y fait.

A Rennes, Souley marque le premier but. Il est le seul attaquant à avoir marqué sur un double contact. Toboggan, pied gauche, pied droit et plein puits de lumière. Génial : Tout est sur cet objectif (rires). J’ai dit aux garçons : « Vous ne pensez pas que c’est pour nous ?

Que deviendra-t-il ?

Vitorino Hilton, 44 ans, a mis fin à son aventure en L1 en mai dernier. L’ancien capitaine, arrivé de l’OM pour un contrat d’un an à l’été 2011, a évolué à Montpellier pendant dix ans. Il est le joueur étranger avec le plus de matchs en Ligue 1 (512). En pleine reconversion, il est aujourd’hui consultant pour la chaîne Prime Video. Il est en contact avec le FC Sète (National) pour y jouer l’année prochaine.

Les deux derniers matchs sont-ils en avance sur Lille et Auxerre ?

Il y a ce but devant Lille. A la 94e minute, Olivier Giroud réalise un parcours incroyable. Le plus fort est peut-être la réputation d’Aït-Fana. Quand Oliver commence sa course, tout le monde s’arrête. Aït-Fana y croit, sprinte et se retrouve seul dans la surface.

Après cela, le but est l’apothéose. J’ai joué à Montpellier pendant dix ans. C’est la seule fois où j’ai ressenti quelque chose comme ça à La Mosson. Les gens pleuraient dans les tribunes.

On était sous pression à Auxerre, qui avait déjà été relégué. On encaisse un but mais ça ne me touche pas. On revient vite avec une passe de Souley pour le but de John. La seconde période est interminable avec ces deux breaks.

Il fallait se concentrer sur le jeu sans se soucier du résultat à Paris. Le lendemain, j’avais mal comme je n’en avais jamais ressenti dans ma carrière. J’étais donc concentré. J’avais dit à Mapou : « personne ne passe ».

Dans le vestiaire, le président n’a pas remarqué ce que nous avions fait. Ce que son club venait de faire. Il faut des moments comme celui-ci pour écrire une histoire. Avec ce titre nous faisons partie de l’histoire de Montpellier.

Vous souvenez-vous de la fête qui suit le titre ?

Les supporters nous attendaient à l’aéroport à 2h du matin. Les joueurs sont allés dans les clubs, je suis rentré chez moi. Ma femme et mes enfants m’attendaient. Quand je suis rentré, tout le monde dormait. Ils m’avaient laissé des dessins accrochés au mur de l’entrée. C’était magnifique, c’est ma plus belle récompense.

Vous avez besoin de tout dans une équipe. Des joueurs mettant des tampons, d’autres mettant des coups francs. Les gens vont en boîte, d’autres rentrent chez eux. Je voulais profiter du lendemain.

Est-ce votre meilleure saison en Ligue 1 ?

J’ai fait de belles saisons avec Lens ou Marseille, mais c’est la saison la plus aboutie. En me recrutant à Marseille, où je jouais peu, Montpellier a fait un pari. Va-t-il tenir à 34 ans ? Est-ce qu’il vient jouer ?

J’ai joué 36 matchs. Je n’ai pas joué le premier match, pas même celui de Saint-Etienne (pas de visa). J’ai refusé de jouer Auxerre lors du premier match. Je ne voulais pas prendre la place du gars qui a fait toute la préparation. Je voulais trop en faire, mais après seulement deux séances d’entraînement, je ne pouvais pas commencer comme ça.

Comment se passe votre collaboration avec Mapou ?

J’ai joué avec différents défenseurs, il fallait donc trouver des automatismes tout de suite. J’observe beaucoup, ce qui facilite mon adaptation.

Mapou a fait preuve d’engagement, même un peu trop. J’ai réussi à canaliser cette abondance d’énergie. Parfois, nous devons tamponner, d’autres nous devons défendre sans frapper ni faire d’erreur. D’autres fois, un défenseur doit savoir jouer.

Nous avons trouvé notre chemin rapidement, ce qui s’est amélioré grâce à la communication. Parfois, les gens sont convaincus que nous ne parlons pas. Pourquoi devrions-nous être bouleversés ? Le message doit, bien sûr, être délivré sans crier ni hurler. C’est une leçon de vie de mon père.

Si un joueur a fait une erreur, il le sait. Si nous lui crions dessus, nous ne ferons pas que le contrarier. Le message ne passera pas. Au lieu de pointer du doigt ce qu’il n’a pas fait, donnez-lui des conseils, montrez-lui ce qu’il doit faire.

Un joueur vous a-t-il impressionné cette saison ?

Younès Belhanda. Il avait beaucoup de personnalité, impressionnant sur le plan physique. Il a eu un jeu spectaculaire doublé de beaux gestes techniques. Il a fait des choses simples, mais c’était agréable à voir. Les Marocains sont les Brésiliens de l’Afrique.

Il a aussi eu des gestes extraordinaires comme ce but à Marseille. Lui seul pouvait tenter un tel geste. Qui d’autre peut imaginer un tel contrôle et une telle volée sur la passe de “Olive”.

Défenseur central / 36 matchs / 44 ans.

Leave a Comment